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Un beau souvenir !

samedi 3 janvier 2026

En 2019, nous éditions le charmant récit de Benoît Castillon du Perron intitulé "Joyeux Noël"
Nous republions ici l'article que lui consacra LEXNEWS :

Le détail du tableau "La Sortie d'une église de province" réalisé en 1864 par le peintre russe Alexandre Morozov
dresse le décor du récit biographique « Joyeux Noël ! » de Benoît Castillon du Perron paru aux éditions Arcadès
Ambo. Derrière la légèreté de l’apostrophe de ce livre sensible et l’apparente bonhomie de la charité souriante
aux plus démunis, sourd une gravité que le lecteur percevra dès les premières pages. Le dialogue avec les
absents, ceux qui ne peuvent plus sur cette terre nourrir les conversations de naguère, mais seulement suggérer
aux « vivants » des monologues face à la transcendance, lorsque la mort a jeté son voile. « Le trépas vient tout
guérir », prévient La Fontaine, mais les souvenirs parfois douloureux demeurent pour ceux qui sont restés… Ces
« jamais plus », « c’est fini », « je ne reverrai plus cela », scandent le récit en autant de silences sur cette partition
de la mémoire. Le récit ne se veut pas doloriste, mais sensible, cette excitabilité des sens qui pourtant
paradoxalement s’amenuise à l’approche de l’inexorable, comme pour préparer à l’essentiel. L’auteur sait qu’il
court après la vie en voulant revoir son père mourant, et pourtant c’est cette mort qui mènera ses pas. Mais la
grâce, cette trace laissée par les défunts pour accompagner les vivants dans cette épreuve, opère lorsque les
cérémonies funéraires qui paraissaient insurmontables laissent l’esprit et le cœur remarquer la beauté des pierres
blanches et des statues de la petite église romane… Et bien au-delà du deuil, cette période légitimement suspecte
aux yeux du narrateur, lorsque la grâce surabonde, « Bel oiseau invisible qui sembla m’emporter sur ses ailes et
me faire échapper, quelques mois durant, à la pesanteur terrestre ». Ce sont ces traces - les signes diront les
croyants – que Benoît Castillon du Perron recueillera un à un, délicat chapelet d’attentions du défunt à ceux qui
restent. Une confession pudique lancée à celles et ceux qui ont connu ou connaîtront ces séparations, un récit
intime se voulant plus oraison que déballage de sentiments.
Un ange clôt cette vibrante digression sur la mort et la vie, des silences évocateurs suggérés par la photographie
en dernière page de cet ange intimant d’un geste du doigt sur ses lèvres l’absence de mot, tel l’ange reposant sur
la tombe de Robert de Montesquiou et de son compagnon Gabriel Yturri au cimetière de Versailles. Non point
Azraël, mais plutôt l’Ange des fidèles trépassés que l’on priait naguère, avant qu’il ne s’évapore dans les limbes
de l’oubli…

Philippe-Emmanuel Krautter